Kuni SCHIESS

Je dois l’avouer.
J’ai été souvent déconcerté en découvrant les sculptures de Kuni Schiess. Sans doute cela tenait-il, pour beaucoup, à ma façon de les apprécier ? Je veux dire à l’aune des critères de la sculpture classique, fidèle aux proportions du corps, au parfait des visages, aux nécessaires stylisations des oeuvres.
Ainsi, certaines pièces m’apparaissaient-elles, rudimentaires, primitives, presque grossières. Des déformations heurtaient ma sensibilité artistique, à supposer que j’en possède une, et je classais ses œuvres de façon un peu arbitraire, dans mon panthéon personnel, au rang de « curiosités exotiques ». Un peu comme des fétiches trapus, un peu rigolards, vaguement folkloriques, presque inachevés.
Je me trompais.

 

Et curieusement ce sont des textes de Henry Moore ou encore d’Apollinaire qui ont contribué à faire évoluer mon regard en l’écartant justement de cette approche bien trop occidentalisée. J’ai d’abord remarqué une sculpture de chat, une petite pièce de tout juste 18 centimètres, mais entièrement mise au service d’une expression. J’ai envie d’écrire d’un regard. J’ai aussi découvert que bon nombre de ces sculptures exprimaient une vitalité. Un peu comme si elles voulaient apporter une réponse directe et immédiate à une vie mystérieuse. J’ai appris ainsi à préférer le mystère à la signification, que je n’essaie plus de découvrir.
Le travail artistique de Kuni Schiess n’a rien à voir avec la maladresse ou encore le tâtonnement : au contraire, il pose, me semble-t-il, une affirmation sans détour. C’est l’élémentaire  qui le concerne au premier chef et sa simplicité vient d’un sentiment direct et fort, d’une sorte de connivence avec la nature : ce n’est pas la simplicité aujourd’hui à la mode, celle qui n’a pas de contenu, mais la vraie simplicité qui n’a pas vraiment conscience d’elle-même. Elle vient chemin faisant et ne peut jamais être une fin en soi.

Kuni Schiess a décidé de ne pas s’inscrire sur le terrain des modèles de l’antiquité classique. Elle a choisi, à sa façon, de renouveler les sujets et les formes en ramenant son observation et ses rendus aux  principes même d’un langage artistique premier. Le sien. 

H.E.